L’arrêté du 25 février 2025 a rehaussé les taux forfaitaires applicables aux véhicules mis à disposition à compter du 1er février 2025. Pour les gestionnaires de paie et les directions financières, le choix entre évaluation forfaitaire et évaluation au réel n’a plus rien d’un simple paramétrage. Les écarts de cotisations sociales entre les deux méthodes se sont creusés, et la date de mise à disposition du véhicule au salarié (pas la date d’achat) détermine désormais quel barème s’applique.
Date de mise à disposition : le critère qui change le calcul forfaitaire
Avant la réforme, beaucoup d’entreprises raisonnaient en date d’acquisition du véhicule. Ce n’est plus le bon repère. Depuis le 1er février 2025, c’est la date d’attribution au salarié qui déclenche l’application du nouveau ou de l’ancien barème.
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La conséquence directe concerne les flottes recyclées en interne. Quand un véhicule acheté en 2022 est réaffecté à un nouveau collaborateur après le 1er février 2025, cette réaffectation est juridiquement traitée comme une nouvelle mise à disposition. Le nouveau barème forfaitaire, plus élevé, s’applique alors automatiquement.
Pour un véhicule thermique en propriété, le taux forfaitaire passe à 15 % ou 20 % du prix TTC selon que l’employeur prend ou non en charge le carburant. En location, le forfait grimpe à 50 % ou 67 % du coût global annuel. Ces taux représentent une hausse sensible par rapport aux anciens barèmes.
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Ce mécanisme crée une situation paradoxale : un véhicule ancien, largement amorti en comptabilité, peut générer un avantage en nature forfaitaire disproportionné par rapport à sa valeur réelle. C’est précisément sur ce type de cas que l’évaluation au réel devient financièrement plus avantageuse.
Forfait ou réel : ce que chaque méthode intègre dans l’assiette de cotisations
Les deux méthodes ne retiennent pas les mêmes postes de dépenses, et c’est là que le choix produit des écarts significatifs.
Évaluation forfaitaire
Le forfait s’appuie sur un pourcentage fixe appliqué soit au coût d’achat TTC du véhicule (véhicule en propriété), soit au coût global annuel de la location (loyer, entretien, assurance). L’employeur n’a pas besoin de justifier les kilomètres privés du salarié ni de reconstituer un usage réel.
La simplicité de gestion est le principal atout. En revanche, le forfait ne tient pas compte du kilométrage privé effectif. Un salarié qui utilise très peu son véhicule à titre personnel se voit appliquer la même base qu’un autre qui en fait un usage intensif le week-end.
Évaluation au réel
La méthode réelle reconstitue les dépenses effectivement supportées par l’employeur (amortissement ou loyer, assurance, entretien, carburant), puis isole la part correspondant à l’usage privé du salarié. Cette part est calculée au prorata des kilomètres privés sur le kilométrage total.
Les éléments suivants doivent être documentés pour sécuriser cette méthode :
- Un relevé fiable du kilométrage total annuel et du kilométrage privé, appuyé sur un carnet de bord, un boîtier télématique ou une application de suivi de flotte
- Les factures d’entretien, d’assurance et de carburant imputables au véhicule concerné
- Le coût d’amortissement annuel (pour un véhicule en propriété) ou le montant du loyer annuel TTC (pour un véhicule en location)
Sans traçabilité du kilométrage privé, l’Urssaf peut requalifier l’évaluation au réel en forfait, ce qui entraîne un redressement sur la différence de cotisations.
Véhicules électriques : un abattement qui modifie l’arbitrage forfait/réel
Les véhicules 100 % électriques bénéficient d’un abattement de 70 % sur le montant de l’avantage en nature forfaitaire, plafonné à un montant annuel fixé par l’administration. Cette décote rend le forfait particulièrement compétitif pour les véhicules électriques récents mis à disposition après le 1er février 2025.
L’abattement couvre aussi la mise à disposition d’une borne de recharge sur le lieu de travail, dont les frais d’électricité ne sont pas réintégrés dans l’assiette de cotisations sous certaines conditions. En revanche, l’abattement électrique dépend désormais d’un éco-score et n’est pas automatique pour tous les modèles.
Pour un véhicule électrique avec un faible kilométrage privé, la méthode au réel pourrait théoriquement aboutir à un montant encore inférieur au forfait après abattement. Les retours terrain divergent sur ce point, car le coût d’acquisition élevé des véhicules électriques pèse dans le calcul de l’amortissement au réel. L’arbitrage dépend donc du prix du véhicule, de la durée d’amortissement retenue et du ratio kilomètres privés/total.

Simulation comparée : dans quels cas le réel l’emporte sur le forfait
Le choix entre les deux méthodes s’applique pour l’ensemble de l’année civile. L’employeur ne peut pas basculer d’une méthode à l’autre en cours d’exercice. Voici les profils types où chaque approche prend l’avantage :
- Véhicule thermique ancien réattribué après le 1er février 2025, avec un kilométrage privé limité : le réel réduit l’assiette de cotisations par rapport au nouveau forfait
- Véhicule électrique récent avec abattement de 70 % et usage privé modéré : le forfait reste souvent plus avantageux grâce à la décote
- Véhicule en location longue durée avec un coût global annuel élevé (loyer, entretien, assurance inclus) : le forfait à 50 % ou 67 % peut dépasser largement le montant au réel si l’usage privé représente une faible part du kilométrage
- Salarié effectuant de nombreux trajets professionnels (commerciaux itinérants, techniciens terrain) : le ratio kilomètres privés/total est naturellement bas, ce qui pousse vers le réel
La variable déterminante reste le ratio entre kilométrage privé et kilométrage total. Plus ce ratio est faible, plus l’évaluation au réel produit un avantage en nature réduit par rapport au forfait.
Risques de contrôle Urssaf et sécurisation du choix de méthode
L’Urssaf accepte les deux méthodes, mais contrôle la cohérence des données déclarées. Un employeur qui opte pour le réel sans pouvoir produire de justificatifs de kilométrage s’expose à un redressement rétroactif sur la base du forfait.
Le dispositif de rescrit social permet de solliciter la position de l’Urssaf avant de s’engager sur une méthode. Cette démarche sécurise le choix, notamment pour les flottes importantes où l’écart financier entre forfait et réel se chiffre en dizaines de milliers d’euros par an.
Le choix de méthode doit être documenté et constant sur l’année civile. Un changement reste possible d’un exercice à l’autre, à condition d’être formalisé. Pour les entreprises qui réattribuent fréquemment des véhicules en interne, une simulation systématique à chaque nouvelle mise à disposition évite de subir mécaniquement le nouveau barème forfaitaire sans en mesurer l’impact réel sur les charges.

